Re : Article intéressant sur Zion
Publié : 02 nov. 2017, 11:17
Salut Hallu,
Les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas !
Mais il y a un vrai sujet autour des parcs nationaux aux États-Unis, et au Canada c'est pareil.
Ces aires protégées ont toujours été déchirées entre deux vocations contradictoires, leur "mise en tourisme" et la protection de l'environnement. Du coup, leur gestion est un peu schizophrène, mais je trouve que les américains sont arrivés quand même à un compromis satisfaisant avec la distinction entre le Frontcountry (avant-pays du parc) aménagé et destiné à accueillir les foules, où l'on trouve les infrastructures d'hospitalité et les panoramas célèbres mettant en valeur les paysages-ressources les plus spectaculaires _ ceux dont on fait les cartes postales, et le Backcountry (arrière-pays) laissé à l'état de nature, où les visiteurs n'ont pas le droit de sortir des sentiers balisés, et doivent remporter tous leurs déchets. Le Backcountry nécessite des randonnées de plusieurs jours avec du matériel de camping et il faut s'inscrire auprès des rangers pour obtenir un permis, déclarer son itinéraire à l'avance et tout ceci est fort bien fait.
Si on remet l'histoire des parcs nationaux en perspective sur près de 150 ans maintenant, on observe que tout a changé avec le Wilderness Act of 1964.
Avant cette date, les parcs nationaux avaient principalement pour vocation de mettre l'Ouest en tourisme. On les avait aménagé dans l'Entre-Deux-Guerres dans ce but précis. Sous l'administration Roosevelt, ce travail était assuré par le Civilian Conservation Corp (CCC), et on faisait la réclame auprès d'une clientèle domestique, avec des slogans du genre "venez, et admirez le patrimoine de l'Amérique", un patrimoine naturel pour un pays "neuf" que l'on opposait au patrimoine historique du Vieux Continent. Si l'Europe avait Paris, Londres, Rome, Florence et Venise, l'Amérique avait Yellowstone, Yosemite, le Grand Canyon, Bryce Canyon et Zion... La plupart des infrastructures du "frontcountry" des parcs sont anciennes, même si elles ont été rénovées depuis.
Avec le Wilderness Act of 1964, les États-Unis passent en mode "conservation". La préservation de la nature devient la priorité. Les nouveaux parcs nationaux sont établis dans des zones inhabitées et aucune infrastructure d'accès ou d'accueil n'y est développé. Le meilleur exemple est North Cascades, un parc national somptueux dans l'état de Washington, dans lequel aucune route ne pénètre. Les deux sections aménagées ne sont pas dans le parc national, mais sont des "National Recreation Areas" (Ross Lake et Lake Chelan). Les monuments nationaux qui ont été établis depuis le début du siècle sont encore plus laissés à dessein à l'état sauvage.
Du coup, les principaux critères de classement des aires protégées ne sont plus les "paysages-ressources" spectaculaires, mais plutôt la qualité des écosystèmes à préserver.
Quelque chose de similaire se produit au Canada qui ne crée plus de parcs nationaux dans l'Oekoumène de population depuis 1970, mais où se multiplient les parcs provinciaux très sauvages (c'est en tout cas au moins le cas en Colombie Britannique). Les parcs nationaux des Rocheuses avaient été expressément créés à partir de 1885 pour mettre des touristes dans les trains du CPR. Même si le paysage-ressource de Lake Louise ou du Champ de Glace Columbia est unique, ce ne sont pas des sites voués à la conservation, pour cela, il faut aussi pousser dans l'arrière-pays du parc, le sac au dos...
Au final, il y en a pour tous les publics et pour tous les goûts. Il n'est pas utile d'opposer les uns aux autres.
Mais il est vrai, et je te rejoins sur ce point, qu'il y a des problèmes sur certains sites où la place manque tandis que l'affluence augmente démesurément depuis 2014, la vallée de Yosemite, le canyon de la Virgin River de Zion, Antelope Canyon (qui ne dépend pas des rangers, mais est géré par les indiens Navajos) principalement. Ces sites nécessitent de prendre des mesures de gestion adaptées pour réguler les flux, mettre les visiteurs en sécurité et garantir la préservation de l'environnement. Dur challenge, que les américains relèvent avec des moyens divers, systèmes de navettes obligatoires, permis de randonnée sur les sites étroits et dangereux, augmentation des tarifs d'entrée pour les visiteurs occasionnels...
Le problème est que la mission des rangers du National Park Service est d'éduquer les américains, et pour cela, ce patrimoine naturel qu'ils protège doit rester accessible pour un prix symbolique, ce qui explique que le tarif du permis annuel n'ait pas bougé jusqu'à aujourd'hui. mais avec les coupes budgétaires de l'administration républicaine, une augmentation me semble inévitable, à condition qu'elle soit approuvée par le Congrès, qui est notoirement lent et divisé sur tous les sujets.
Comme je l'écris sur mon blog, que ce soit à Zion, à Antelope Canyon ou à Yosemite, il appartient au visiteur de s'adapter à l'affluence, et éventuellement éviter de fréquenter les sites qui sont saturés, surtout s'il se prétend écolo...
On pourrait en dire autant de Bryce Canyon ou du parc national des Arches d'ailleurs.
Il y a des destinations alternatives, moins célèbres, mais non moins belles. Il faut surmonter le réflexe grégaire, et ce n'est pas le plus facile, l'émulation négative que nous rappelait le regretté Goscinny dans sa magistrale leçon d'économie de "Obélix et Compagnie", qu'est-ce-que les gens achètent ?
1. ce qui est nécessaire
2. ce qui est utile
3. ce qui est agréable
4. ce qui rend jaloux les voisins...
La manie du "catalogue" où certains inscrivent la liste des destinations qu'ils ont "faites" (égoportrait à l'appui) appartient à cette quatrième catégorie de satisfactions narcissiques négatives que chacun devrait inlassablement combattre en soi-même. Si c'est ça la motivation du voyage, autant ne pas le faire. Pour ma part, j'espère m'en tenir à la 3e catégorie (et parfois même la 2e car mes voyages ont aussi souvent un arrière-plan de préoccupation professionnelle), et la bousculade ne fait en aucun cas des expériences que je considère comme "agréables", donc je m'abstiens. mais comme je l'indiquais en introduction de ce billet, c'est "chacun à son goût"...
Assez bavassé, j'ai du travail qui m'attends !
Les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas !
Mais il y a un vrai sujet autour des parcs nationaux aux États-Unis, et au Canada c'est pareil.
Ces aires protégées ont toujours été déchirées entre deux vocations contradictoires, leur "mise en tourisme" et la protection de l'environnement. Du coup, leur gestion est un peu schizophrène, mais je trouve que les américains sont arrivés quand même à un compromis satisfaisant avec la distinction entre le Frontcountry (avant-pays du parc) aménagé et destiné à accueillir les foules, où l'on trouve les infrastructures d'hospitalité et les panoramas célèbres mettant en valeur les paysages-ressources les plus spectaculaires _ ceux dont on fait les cartes postales, et le Backcountry (arrière-pays) laissé à l'état de nature, où les visiteurs n'ont pas le droit de sortir des sentiers balisés, et doivent remporter tous leurs déchets. Le Backcountry nécessite des randonnées de plusieurs jours avec du matériel de camping et il faut s'inscrire auprès des rangers pour obtenir un permis, déclarer son itinéraire à l'avance et tout ceci est fort bien fait.
Si on remet l'histoire des parcs nationaux en perspective sur près de 150 ans maintenant, on observe que tout a changé avec le Wilderness Act of 1964.
Avant cette date, les parcs nationaux avaient principalement pour vocation de mettre l'Ouest en tourisme. On les avait aménagé dans l'Entre-Deux-Guerres dans ce but précis. Sous l'administration Roosevelt, ce travail était assuré par le Civilian Conservation Corp (CCC), et on faisait la réclame auprès d'une clientèle domestique, avec des slogans du genre "venez, et admirez le patrimoine de l'Amérique", un patrimoine naturel pour un pays "neuf" que l'on opposait au patrimoine historique du Vieux Continent. Si l'Europe avait Paris, Londres, Rome, Florence et Venise, l'Amérique avait Yellowstone, Yosemite, le Grand Canyon, Bryce Canyon et Zion... La plupart des infrastructures du "frontcountry" des parcs sont anciennes, même si elles ont été rénovées depuis.
Avec le Wilderness Act of 1964, les États-Unis passent en mode "conservation". La préservation de la nature devient la priorité. Les nouveaux parcs nationaux sont établis dans des zones inhabitées et aucune infrastructure d'accès ou d'accueil n'y est développé. Le meilleur exemple est North Cascades, un parc national somptueux dans l'état de Washington, dans lequel aucune route ne pénètre. Les deux sections aménagées ne sont pas dans le parc national, mais sont des "National Recreation Areas" (Ross Lake et Lake Chelan). Les monuments nationaux qui ont été établis depuis le début du siècle sont encore plus laissés à dessein à l'état sauvage.
Du coup, les principaux critères de classement des aires protégées ne sont plus les "paysages-ressources" spectaculaires, mais plutôt la qualité des écosystèmes à préserver.
Quelque chose de similaire se produit au Canada qui ne crée plus de parcs nationaux dans l'Oekoumène de population depuis 1970, mais où se multiplient les parcs provinciaux très sauvages (c'est en tout cas au moins le cas en Colombie Britannique). Les parcs nationaux des Rocheuses avaient été expressément créés à partir de 1885 pour mettre des touristes dans les trains du CPR. Même si le paysage-ressource de Lake Louise ou du Champ de Glace Columbia est unique, ce ne sont pas des sites voués à la conservation, pour cela, il faut aussi pousser dans l'arrière-pays du parc, le sac au dos...
Au final, il y en a pour tous les publics et pour tous les goûts. Il n'est pas utile d'opposer les uns aux autres.
Mais il est vrai, et je te rejoins sur ce point, qu'il y a des problèmes sur certains sites où la place manque tandis que l'affluence augmente démesurément depuis 2014, la vallée de Yosemite, le canyon de la Virgin River de Zion, Antelope Canyon (qui ne dépend pas des rangers, mais est géré par les indiens Navajos) principalement. Ces sites nécessitent de prendre des mesures de gestion adaptées pour réguler les flux, mettre les visiteurs en sécurité et garantir la préservation de l'environnement. Dur challenge, que les américains relèvent avec des moyens divers, systèmes de navettes obligatoires, permis de randonnée sur les sites étroits et dangereux, augmentation des tarifs d'entrée pour les visiteurs occasionnels...
Le problème est que la mission des rangers du National Park Service est d'éduquer les américains, et pour cela, ce patrimoine naturel qu'ils protège doit rester accessible pour un prix symbolique, ce qui explique que le tarif du permis annuel n'ait pas bougé jusqu'à aujourd'hui. mais avec les coupes budgétaires de l'administration républicaine, une augmentation me semble inévitable, à condition qu'elle soit approuvée par le Congrès, qui est notoirement lent et divisé sur tous les sujets.
Comme je l'écris sur mon blog, que ce soit à Zion, à Antelope Canyon ou à Yosemite, il appartient au visiteur de s'adapter à l'affluence, et éventuellement éviter de fréquenter les sites qui sont saturés, surtout s'il se prétend écolo...
On pourrait en dire autant de Bryce Canyon ou du parc national des Arches d'ailleurs.
Il y a des destinations alternatives, moins célèbres, mais non moins belles. Il faut surmonter le réflexe grégaire, et ce n'est pas le plus facile, l'émulation négative que nous rappelait le regretté Goscinny dans sa magistrale leçon d'économie de "Obélix et Compagnie", qu'est-ce-que les gens achètent ?
1. ce qui est nécessaire
2. ce qui est utile
3. ce qui est agréable
4. ce qui rend jaloux les voisins...
La manie du "catalogue" où certains inscrivent la liste des destinations qu'ils ont "faites" (égoportrait à l'appui) appartient à cette quatrième catégorie de satisfactions narcissiques négatives que chacun devrait inlassablement combattre en soi-même. Si c'est ça la motivation du voyage, autant ne pas le faire. Pour ma part, j'espère m'en tenir à la 3e catégorie (et parfois même la 2e car mes voyages ont aussi souvent un arrière-plan de préoccupation professionnelle), et la bousculade ne fait en aucun cas des expériences que je considère comme "agréables", donc je m'abstiens. mais comme je l'indiquais en introduction de ce billet, c'est "chacun à son goût"...
Assez bavassé, j'ai du travail qui m'attends !
