JOUR 6
Toronto
Il pleut ce matin sur Toronto, et le plafond est bas. On ne distingue même pas le haut des tours qui nous entourent et on se dit que nous avons bien fait de monter à la CN tower hier.
Dans la salle du petit dej, la télévision est allumée sur CNN. On y apprend que toute l’Italie est confinée depuis la veille, que les choses bougent beaucoup en France, que Donald commence à prendre des mesures, etc. Ça commence à ne pas sentir bon...
Mais bon, il nous reste une journée à Toronto et malgré la pluie nous comptons en profiter.
On va se balader à pied toute la journée en prenant notre temps.
Le parcours de la journée.
En vert fluo le matin et en rouge l’après midi.
On sort pour 10h00 environ, il pleut assez fort, mais pas de problèmes, nous sommes équipés.
On ne voit pas le haut des tours.
On fait quelques mètres et on se demande si on est toujours à Toronto.
Heureusement que sur la
voiture il est écrit Toronto. Le Scotland Yard, c’est un pub…
On remonte la rue The Esplanade qui passe devant l’
hôtel et premier arrêt au St Lawrence Market, un marché couvert.
On déambule entre les marchands de fromages, de viandes, de légumes et décidons de monter au premier étage. On prend l’ascenseur et j’appuie sur le bouton du deuxième.
Oui, je sais, c’est pas le bon étage, mais c’est un coup de bol. Une expo sur le street art de Toronto occupe toute la surface de l’étage. Une grande partie des fresques murales qui couvrent les murs de la ville sont exposées sous forme de photographies. Très, mais alors très intéressant.
Je n’en ai pris qu’une en photo.
Le matos nécessaire.
On y reste un bon moment, puis on se dirige vers notre deuxième but de la matinée, The Distillery Historic District.
Sur le chemin, on croise une des fresques que nous avons vus à l’expo.
Puis on arrive.
Je ne savais pas à quoi m’attendre dans ce quartier, n’ayant pas préparé cette journée, mais là aussi bonne pioche.
Il reste une ou deux distilleries en activité, mais le reste des bâtiments ont été transformés en divers magasins, mais aussi en lieu d’exposition pour différentes sculptures. Un coin qui doit regorger de monde durant les beaux jours, mais aujourd’hui, une fois de plus, nous sommes presque seuls.
Le tripode me rappelle celui de la « Guerre des Mondes ».
Et c’est vrai qu’il fout la trouille…
Un vieux camion de transport de caisses d’alcool.
On continue notre route sur Adelaïde Street, passons parc le parc St James complètement défoncé à cause de travaux, petit arrêt à la Cathédrale Saint Jacques (sans grand intérêts à mon goût) et finissons par arriver à l’ancien City Hall, et sa tour.
Pas facile à prendre en photo.
A côté, le nouveau arbore une architecture moderne avec le sign Toronto devant.
Le vieux, avec sous les
Arches une patinoire hivernale, recouverte de 10 cm d’eau aujourd’hui.
On rentre à l’
hôtel après 3h00 de balade et on mange au bar.
Direction les berges du lac Ontario pour cet après midi. Le soleil est revenu mais un vent assez fort refroidit l’atmosphère.
Comme vous pouvez le voir sur la carte, on va longer les quais, remonter par la CN et passer à côté du Scotiabank Arena, qui sert de stade de hockey pour l’équipe de la NHL des Maple Leafs, ou de stade de basket pour l’équipe de
NBA des Raptors, champion en titre. La
NBA qui a d’ailleurs mis la saison à l’arrêt, mais ça, nous ne le savons pas encore.
Quelques photos de la balade.
Table pour géant.
Passerelle.
Petit port de plaisance avec bateaux emmitouflés.
Un petit bout de Bretagne.
Nous arrivons à la Scotiabank Arena où un match de hockey va se jouer. Dehors, un vendeur à la sauvette me propose des tickets… Si j’avais su…
L’équipe des Maple Leafs figée pour toujours.
Le soir, on mange en face de l’
hôtel au « Old spaghett factory ». Très bon et copieux encore une fois et un décor sympa.
Voilà, notre virée à Toronto s’achève, demain nous rentrons sur Montréal.
Ce sera une journée de route, sans photos, mais avec un épisode de la fiction bien sûr…
Nous avons vraiment apprécié Toronto malgré le peu de temps passé. Une ville à l’américaine avec ses gratte-ciels, ses larges avenues, mais qui n’a pas oublié son passé.
Fiction
Mon info, je l’ai eu…
J’ai récupéré une arme de poing, des munitions et le téléphone du gars qui est encore assis sur le siège passager.
Si tu pensais que j’allais revenir à Montréal pour aller chercher Janet, et bien tu avais raison. Mais il fallait d’abord que je fasse un peu le ménage, que j’attire les chiens à l’extérieur, que j’ai une réponse.
Tu vas me dire « et l’antidote alors, et tous ces gens qui vont mourir »…
Je ne suis pas un héros, et je ne le serai jamais… L’humanité attendra… Elle a bien su se débrouiller sans moi jusqu’à maintenant.
Ouais, je sais, c’est égoïste de ma part, je suis le seul immunisé, j’ai la formule de l’antidote, et patati et patata… Cause toujours…
D’abord Janet, ensuite on verra...
A Montréal, j’y suis 2h00 après. Je regarde l’heure au tableau de bord. 3H00 du mat et juste à côté -27°c. Je stoppe le Ford en bas de chez moi. La lumière au rez de chaussée est encore allumée. « L’organisation » ne doit pas dormir. D’ailleurs, je ne l’ai jamais vu dormir ce type…
Il est là, chez moi cet enfoiré. Je suis vraiment un con, où pouvait -il être plus en sécurité que chez moi ? Je regarde les fenêtres du premier et ne voit aucune lumière. Dans la chambre qui fait l’angle, les rideaux sont tirés, Janet doit-être là.
Je vais pour sortir, et le téléphone du gars du Yukon sonne.
-C’est moi, une équipe vient vous récupérer, elle sera là dans 1h… Qui est à l’appareil ?
-Devine…
-… Jielm… Décidément, t’es vraiment le meilleur. Je suppose que mes gars sont…
-Tous raides…
-OK… T’es où ?
-Sur la route pour Toronto et ton foutu labo. Mais avant que j’y arrive, laisse moi parler à Janet.
-Tsss, tsss, pas de ça avec moi. Tu sais bien que je ne lui ferai pas de mal.
-Alors tant pis pour ton antidote… Je te souhaite de crever assez vite. J’ai vu les effets du virus sur un Russe, et crois moi, c’était pas joli joli à voir…
-… Attend 30 secondes.
Je l’entends qui monte les escaliers, et un rai de lumière filtre dans la chambre de l’angle.
-Thomas, c’est moi Janet. Je vais bien, fait ce qu’il te dit, je t’assure que je vais bien.
-Janet va à l’abri. 1H00…
-Alors Thomas, tu ne lui as jamais dit ton vrai nom ? Petit cachottier...Bon, tu vois, je ne lui ai pas fait de mal, à toi de remplir ta part du contrat maintenant. Quand tu seras au labo, demande Mr Miller, il t’attend. Après, tu reviens avec ce qu’il faut, et je lâche ta Janet.
-J’en crois pas un mot…
-C’est moi qui mène le jeu, comme toujours.
J’ai 1h00 pour me préparer, en espérant que Janet aura pu rejoindre l’abri et s’y enfermer.
J’ouvre la mallette, récupère la formule et après avoir plié le papier, je le mets dans une poche intérieure de ma veste. La mallette, je la cache autant que possible sous le siège passager.
Je sais que j’ai besoin de dormir un peu, mais ce n’est pas le moment, pas encore. Alors j’attends quelques minutes et décide d’y aller.
Je passe sur le côté de la maison, enjambe la petite palissade qui délimite le terrain et me retrouve au niveau de la porte de derrière. J’ai pas mes clés pour entrer tranquillement alors je crochète la serrure. Doucement, j’ouvre la porte et entre. J’ai pas passé la tête que je sens l’acier froid d’un canon de flingue contre ma tempe gauche.
-Pose ton arme lentement…
La voix est calme et posée. Pourtant, je la sens déterminée. Il n’hésitera pas une seconde à me coller une balle si je ne m’exécute pas. Il me rappelle quelqu’un…
J’avance jusqu’à une table et doucement je pose mon flingue. Je me tourne et le regarde. Ce gars n’a pas 30 ans, grand, athlétique, ses yeux bleus me percent. Oui décidément, il me rappelle quelqu’un.
-Tu connais la maison, qu’il me dit, va au salon.
Sur le canapé, « l’organisation » me regarde et sourit. A côté de lui , Janet. Elle est complètement apeurée, ses bras enserrent ses jambes repliées contre son corps. Elle aussi me regarde, et ses yeux ne sont qu’interrogation, alors je lui fais un petit signe pour lui faire comprendre que tout va bien.
Derrière moi, la chaîne info en continu tourne en boucle sur les évènements qui se passent au Kazakhstan. Il semblerait qu’un virus se propage rapidement, entraînant avec lui des dizaines de morts. L’Europe se prépare au pire en fermant ses frontières, mais déjà quelques cas isolés sont apparus en Allemagne de l’Est.
Le sourire sur le visage de mon vieux pote « l’organisation » a disparu. De sa poche, il sort une arme, et la pointe sur la tête de Janet. Son visage se dissout et elle semble minuscule dans sa position fœtale.
-Jielm, donne les clés de ta
voiture à Sean pour qu’il aille chercher la mallette.
Je les sors de la poche de mon pantalon et les lancent à Sean. Il les attrape d’un revers de la main et regarde Janet. Un drôle d’expression passe sur son visage, un je ne sais quoi…
-Tu croyais que j’allais avaler ta salade Jielm ? T’es vraiment trop naïf. Assieds toi, tu me files le tournis et nous avons à discuter.
Je m’assieds dans le fauteuil en face de lui. Il pose son arme et me fixe.
-T’as pas pris une ride en 20 ans. Pas un seul cheveux blanc non plus.
-Je suis en pleine forme, demande à tes chiens.
-… Hmmm… T’as entendu à la télé ? Ça approche et vite. Que t’as dit le professeur ?
Janet s’est détendu sur le canapé, de nouveau, elle me regarde de ses grands yeux marron. Je voudrais qu’elle n’entende pas ce que je vais dire, je voudrais qu’elle ne soit pas là, je voudrais… Non, je me suis promis de tout lui dire, sans rien cacher.
-A part que tu m’avais livré à lui pour ses expériences, pas grand-chose. Il n’a pas eu le temps. Si tu me disais ce que je veux savoir…
-N’inverse pas les rôles Jielm, c’est moi qui pose les questions. Je suppose qu’il t’as quand même parlé de la période d’incubation du virus, et de ses effets. Il a dû aussi te parler de l’antidote.
-Non, pas eu le temps. De l’antidote, je sais juste qu’il n’existe que 5 éprouvettes.
-Hummm… Tu ne sais pas comment on l’administre et au bout de combien de temps il fait effet ?
-Non.
Sean entre à ce moment là avec la mallette. Il l’ouvre.
-Où est la formule Jielm ?
-Qu’elle formule « vieux ».
De nouveau il pointe son flingue sur Janet.
Au
Bluff, je vais me le faire au
Bluff.
-Qui c’est le naïf maintenant « vieux » ? Range ton flingue, et toi aussi Sean.
Je ne sais pas ce que je lis dans le regard de « l’organisation ». Peut-être un peu de haine et un soupçon de défaite. Mais il essaye encore.
-T’as 10 secondes…
Et lentement, je lance le décompte.
-10...9...8...7...6…
Il repose son arme et fait signe à Sean de faire pareil.
-La formule, elle est dans ma tête, et comme je sais comment rester jeune, ma mémoire n’est pas défaillante… Tu disais à propos de l’administration et de l’effet de l’antidote ?
-… J’ai 5 éprouvettes, plus qu’il n’en faut pour…
-Qui te dis que je n’ai pas pissé dedans ? T’as vu la couleur ?
Là, pour le coup, je sais ce que j’ai lu dans son regard, mais crois moi, ce n’est pas des mots doux.
-… L’injection doit se faire dans un muscle, de préférence dans une jambe et l’effet de l’antidote est très rapide. De l’ordre d’une à deux minutes. Mais tu n’est pas immunisé pour autant. Il restait encore du travail au professeur.
-Je te propose un deal… Janet vient avec moi, je prends la mallette et je vais à Toronto au labo. Sean vient avec nous pour que tu ais une garantie.
-C’est moi qui vient avec toi.
-C’est à prendre ou à laisser « vieux ». Il y a bien longtemps que je n’ai plus confiance en toi.
Sean, lui, il ne dit rien. Son regard n’a pas quitté Janet depuis qu’il est revenu avec la mallette. Si je veux qu’il vienne avec moi, c’est parce que je sais qu’en cas de coup dur, je pourrai compter sur lui.
Quand à mon vieux pote « l’organisation », ses yeux lancent des éclairs maintenant. Tout seul, il aura le temps de mettre au point un plan foireux pour notre retour.