J10 : Jeudi 17 Août - Trois hommes et un sèche-linge
Grand Canyon - Page
Nous nous réveillons ce matin avec pour programme de déambuler le long du South Rim. Après le traditionnel petit dej dans la chambre, on boucle nos valises (comprendre je boucle les valises pendant que les garçons font une bataille de brosse à dents....) et on file garer la voiture devant l'accueil de l’hôtel. On préfère en effet circuler à l'aide du système de navette. On emprunte donc la ligne bleue. Notre bus se retrouve rapidement à l'arrêt, immobilisé par une manifestation de cervidé probablement en quête d'émancipation. A quoi ça sert d'être cerf si c'est pour être asservi...?? Nous on biche devant les faons, le troupeau passe, et une nouvelle fois nous sommes émerveillés de voir à quel point la nature dans ces grands parcs pourtant très fréquentés est vraiment préservée et valorisée. Nous repartons vers le point de transfert des navettes afin d'embarquer dans la ligne rouge. Nous ferons route jusqu'à Hermit's Rest en empruntant tour à tour les navettes (ados contents) ou nos jambes (ados pas contents). D'après mes recherches, j'ai privilégié certaines parties pour les faire à pieds notamment de Maricopa à Hopi point, de Mohave à The Abyss et de Pima point à Hermit's Rest. Le soleil est présent mais il fait bon et on ne souffre vraiment pas de la chaleur. Il faut dire qu'on est à une certaine altitude. Le paysage est à la fois émouvant et déroutant.C'est tellement IMMENSE. Je ne m'attendais pas à ça...pourtant dans Grand Canyon y'avait un indice mais comme je suis nul en anglais, ça avait du m'échapper. On se sent un peu minuscule devant ce monstre qui s'étend à nos pieds. On le longe, on le tance, on s'approche parfois du bord pour l'apprivoiser mais il est difficile à appréhender. On ne sait trop par quel bout le prendre. J'avoue être un peu dérouté tant on semble ne pas pouvoir réellement pénétrer ses mystères. J'imagine que comme je l'ai souvent lu, ça doit être un peu plus aisé par les airs mais le budget hélico était rédhibitoire pour moi. J'imagine aussi que si l'on prend le temps de descendre dans les entrailles de la bête, on doit pouvoir nouer une relation plus "intime" avec elle. Malheureusement là encore, le temps nécessaire (1 jour pour descendre jusqu'au Colorado, idem pour remonter) aurait nécessiter trop de sacrifices au dépend d'autres parcs. Mais je reste un peu sur ma faim. Un peu comme quand on raccompagne une charmante demoiselle après une soirée de flirt et qu'on finit seul abandonné devant le digicode. Soyons clairs, on a adoré le Grand Canyon, sans doute au delà de ce que j'imaginais. Mais j'en garde un sentiment contrasté. Entre l'émerveillement et l’incompréhension.
Après avoir rejoint Hermit Rest, (on a pris notre temps, au moins 2h30/3h00) nous revenons sur nos pas pour retrouver la navette bleue puis notre voiture. J'avais éventuellement pensé à remonter le trail of time mais la motivation de ma progéniture est dans le dur, je n'insisterais pas. Nous profiterons de Market Plaza pour acheter de quoi compléter notre reste de pizza de la veille réchauffée au microwave oven du supermarché. Vers 14h nous prendrons la route en direction de Page. J'avais programmé pas mal d'étapes en route pour profiter des points de vue de la Desert View drive. Le premier arrêt s'avère un peu compliqué, je n'avais pas remarqué qu'il s'agissait d'un point de vue exclusivement atteignable à pieds ou à vélo...on se gare un peu à l'écart et je pars en solitaire ("on garde la voiture papa...." j'ai cru pleurer d'émotion devant une telle abnégation et un esprit de sacrifice aussi sincère). Je coupe par la forêt et retrouve le rim sans difficulté....à chaque fois que je retrouve le GC je me dis "ouais quand même..." Ce sera un peu pareil à tous les arrêts qui même si on peut parfois les trouver répétitifs, permettent tout de même de voir le Canyon sous différents angles. Parfois même le Colorado se montre. On poursuit ainsi jusqu'à la Desert View Tower où on restera un moment. Ce site est très fréquentée mais très agréable, la déco indienne fait le job et même si tout ça est un peu artificiel, finalement on se laisse prendre et les panoramas sont à couper le souffle.
Nous sortirons ensuite du parc du Grand Canyon pour rejoindre Page. On ne le lit pas toujours dans les carnets de voyage mais cette étape est pour moi caractéristique de ce que peut nous offrir l'ouest américain. Un parc grandiose et ensuite des heures de voitures dans des décors sublimes pour rejoindre un autre parc grandiose. Je trouve qu'on ne souligne pas assez la beauté des routes qui transforment les longues heures de voiture en véritable spectacle. C'est notamment le cas ici puisque la route qui rejoint Page est très agréable.
Nous arrivons vers 17h00 au Motel 6 de Page qui fait correctement le job (chambre très propre, tarif abordable dans une ville chère), on file rapidement faire trempette à la piscine puis je profite de la buanderie à disposition pour notre première tournée de linge. Pendant que la machine tourne, j'abandonne les mioches à leurs écrans (Wifi is good for you) et je file vers le Wahweap Overlook pour y observer le coucher du soleil. J'ai un peu trainé à la piscine et à la buanderie, débouler les chaussettes, parler lessive, c'est ma grande passion (prélavage ou programme coton, 40° ou 1400 tour /min) donc je suis à la bourre. Le sunset est programmé à 18h15 et je fonce pour rejoindre le point de vue situé à 10/15 min de l’hôtel. J'arrive à peine trop tard (ça veut dire trop tard mais j'assume pas). C'est encore joli mais j'ai loupé le plus gros (et le plus beau) du spectacle. C'est pas grave, je me console en me disant que je vais avoir des slips propres et ça c'est quand même côté à 12 sur mon échelle de bonheur qui comporte 10 échelons (à titre de comparaison, manger une glace devant une comédie romantique avec Hugh Grant, c'est côté à 4,25 l'hiver et 3,75 l'été).
Je ne m'attarde pas vu que ma machine à laver tourne en mon absence. J'arrive tout juste à la fin du programme pour libérer la place (c'est Laundry War, les machines sont prises d'assaut). Je lance une tournée de sèche linge qui sera bien insuffisante....pas grave on part manger dans un fast-food à proximité et je reviens à ma buanderie pour la suite du programme (synthétique). C'est encore plus la guerre pour trouver une machine disponible. Pendant que je me faufile vers un des sèche-linges encore plein, un italien me couvre. Je profite d'un tir de soutien d'un compatriote pour libérer la machine de ses otages (des ressortissants slips et chaussettes probablement français). Leur propriétaire ne revenant pas (les gens lance leur lessive et s'en vont ensuite au restaurant....quelle honte), on fait un conseil de guerre et on décide d'annexer le Dryer. Non mais ! C'est ainsi que je passerai une bonne heure et demi à faire sécher patiemment mes kilos de linge en compagnie de français et d'italiens avec qui nous échangerons sur nos parcours, nos impressions, nos coups de cœur dans le brouhaha des tambours. Ça peut sembler totalement improbable mais ce fût un chouette moment. Faut avouer que de pouvoir parler d'autres choses que de Pokemon Go ou des derniers sketchs du Palmashow....ça m'a fait du bien. Et pas une gonzesse dans la buanderie. Que dalle, macache. C'est vraiment les vacances les filles où quoi ? D'autant qu'elles étaient surement pas à faire la popote rapport que y'a même pas de cuisine dans les chambres. Inadmissible. Tout fout le camp mon bon monsieur. Bref, il est déjà tard quand je rentre à notre chambre, le cœur léger et les sous-vêtements séchés.