JOUR 15
RETOUR
Voilà, Notre séjour canadien se termine.
Dernier petit dej, on va faire quelques courses pour remplir le frigo au réacteur de fusée et la journée se passe tranquillement.
Dans l’après midi on appelle un uber On discute avec le chauffeur, un Français qui vit à Montréal depuis 30 ans et qui connaît des jours difficiles vu que plus personne ne sort. D’ailleurs, il ne nous faudra pas longtemps pour rallier l’aéroport.
La queue s’allonge pour le check-in et on attend un peu.
Plusieurs personnes cherchent à rentrer chez eux en passant par la France et veulent absolument des places dans l’
avion. Le chef de l’embarquement d’AF fait preuve d’autorité pour les calmer, leur disant qu’il fait d’abord passer les clients avec une place, et qu’ensuite, s’il reste de la place dans l’
avion ils pourront passer. C’est un peu tendu, mais on a croisé ces gens à la porte d’embarquement, et de toute façon, il restait encore des places dans l’
avion.
Ça cafouille un peu pour nous aussi à l’enregistrement. La dame ne nous trouve pas sur le vol de Toulouse, je lui montre la confirmation, elle finit par nous trouver, cafouille encore avec l’enregistrement des valises… Il nous en manquera une à l’arrivée. Pas grave, c’est les affaires de « A » dedans.
On décolle vers 19h00 me semble t-il.
Survol de Montréal.
Survol de la Gaspésie.
Survol de l’océan. Bon d’accord on ne le voit pas, il fait nuit.
Et survol de Paris. Il est environ 6h00 du mat.
On est un peu surpris à notre descente d’
avion de ne voir aucunes mesures de protection. Même le personnel de l’aéroport, et en particulier au niveau du contrôle des bagages pour rentrer dans le terminal 2F, ne porte pas de masque. Juste des gants.
Et on attend… Pour midi, on embarque pour notre liaison vers Toulouse.
On récupère la
voiture et on se dirige vers l’autoroute. C’est bizarre de rouler sur le périph toulousain sans personne. On passe le péage, et on trouve une gendarmette qui nous fait signe de nous garer.
-Bonjour, vous avez l’attestation de déplacement ?
-Ben non… On vient de l’aéroport.
-Et alors… Il vous faut quand même une attestation.
-Nous étions à l’étranger, et nous n’avons pas d’attestation.
-Ah !!
-Mais si vous voulez, nous avons nos billets d’avions qui prouvent que nous venons d’atterrir.
-Ah oui d’accord, pouvez vous me les montrer?
-Mais bien sûr…
Elle contrôle et nous lâche.
1h30 plus tard, nous sommes à la maison.
Fiction
Épilogue.
Rocheuse Canadiennes
3 ans après.
Assis sur le canapé, mon ordinateur sur les genoux, je relis pour la énième fois cet article qui date de trois ans. Mes pieds ne touchent pas encore par terre quand je suis assis comme ça, mais maman me dit que bientôt, je serai plus grand qu’elle.
Maman, elle est dans la cuisine, je la vois, elle est en face de moi. De temps en temps elle lève la tête, me regarde et me sourit. Je suis sûr qu’elle me prépare des cookies… Quand ils seront finis, elle me dira « viens chéri, je t’ai préparé des biscuits ». Et moi, je me précipiterai pour les dévorer. Ils sont bons les gâteaux de maman.
Elle est belle aussi ma maman et elle est forte. Tout à l’heure, dehors, elle a coupé du bois pour la cheminée. Si vous aviez vu ça. Elle prend un gros morceau de bois et le pose sur un autre encore plus gros. Elle recule un peu et à la vitesse de l’éclair elle fend le morceau avec une hache.
Moi, je la regarde faire, le nez collé contre la vitre. Ensuite, elle ramasse le bois et le rentre dans la maison. Elle fait ça tous les jours depuis le début du mois. C’est vrai qu’il fait de plus en plus froid.
Après, quant elle a enlevé son manteau, elle se jette sur moi, et avec ses mains glacées elle me frotte le cou et le dos. Et moi, je rigole. Je m’accroche à ses épaules et elle me soulève dans les airs. Et de retour à terre, elle me dit toujours la même chose :
« Tu es grand mon fils, beau et fort… Et intelligent aussi. Tu n’est pas comme les autres, tu feras de grandes choses dans ta vie ».
Je lui souris et la serre fort.
Je regarde de nouveau l’écran de mon ordinateur. L’article, consacré au professeur Campbell et à son équipe, explique comment ils ont vaincu une épidémie. Je l’aime bien moi le professeur Campbell. Maman dit que c’est lui qui nous a trouvé ce chalet dans la montagne. Une fois, il y a longtemps, il est venu à la maison. Avec maman ils ont discuté toute la journée. Avant de partir, il ma ausculté comme il dit. Jamais il n’avait vu d’enfant autant en avance sur son âge. C’est un petit tout à fait exceptionnel qu’il avait dit à maman. Ensuite, il m’a donné un bout de papier et il m’a dit :
« tu le donneras à ta maman quand je serai parti ».
Quand je l’ai donné à maman, elle l’a déplié et a ouvert de grand yeux. Elle est sortie en courant, mais le professeur avait disparu, alors elle a crié « merci » plusieurs fois. Depuis, il appelle une fois par mois pour avoir des nouvelles. Oui, je l’aime bien le professeur Campbell. En fait, je crois que beaucoup de monde l’aime bien au professeur. Il a eu plein de récompenses pour ce qu’il a fait, il a sauvé beaucoup de vie. Et toujours à la fin d’un article ou d’une interview qu’il donne à la télé il remercie maman.
« Je ne remercierai jamais assez une personne au dévouement et au courage sans limites, sans qui aucun d’entre nous ne serait là aujourd’hui. Je pense à elle tous les jours. Dieux garde ton âme Janet »
Je n’ai jamais compris pourquoi il dit que maman est morte alors qu’elle est avec moi. Maman me dit que je comprendrai plus tard…
Je tourne la tête et regarde par la baie vitrée. La neige tombe.
« Regarde maman, il neige ! »
Je finis d’enfourner les cookies et me relève. Mon fils s’est levé et a collé son visage contre la baie vitrée. Je le rejoins et lui prends la main. Mon regard se perd sur ce ciel sombre, presque noir, duquel s’échappe de petits flocons. Au loin sur la crête, un rayon de soleil illumine encore la forêt de sapin.
« Maman, à quoi tu penses ? »
Je pense à ce jour où je suis venue te chercher mon fils.
Il neigeait aussi, comme en ce moment, c’était il y a presque deux ans.
Pendant de longs mois, j‘ai remonté la trace de Sean. J’ai parcouru tout le pays à la recherche d’un indice. De toute façon, il n’avait pas pu sortir du Canada, toutes les frontières, tous les aéroports étaient fermés. Je suis même retourné en premier au petit aéroport à côté de Montréal. Mais le Piper
Cheyenne et les autres avions n’avaient pas bougés. Je suis retournée aussi à la maison. Pendant quatre jours, j’ai creusé un trou dans la terre glacée et enfoui le corps de papa. J’ai récupéré un fusil à lunette dans l’abri et je suis partie définitivement de cet endroit.
C’est dans une clinique privée spécialisée dans les FIV, à Vancouver, que j’ai retrouvé sa trace. Un docteur l’avait pratiquée avec un flingue sur la tempe et dans une clinique vide de personnels. Il n’en avait jamais parlé à personne. Un gros chèque… Ce jour là, je ne sais pas pourquoi, il a craqué et m’a tout raconté. Il m’a même donné le nom de la femme qui portait les ovules inséminées. C’est à peu près à ce moment là que le monde est redevenu ce qu’il était. La vie reprenait, les gens se faisaient vacciner, et moi je continuais ma traque. Il ne m’a pas été difficile dans ce contexte de retrouver la femme. Ils vivaient à Winnipeg, dans une banlieue cossue. J’ai observé jour et nuit leurs allés et venues. Sean ne sortait jamais, c’était la femme qui allait faire les courses ou qui allait relever le courrier. Puis un jour, elle est partie. Un taxi est passé la prendre et je ne l’ai jamais revue.
Le lendemain soir, je me suis faufilée dans le fond du jardin avec le fusil. J’ai déployé le bipied support et me suis allongée derrière la crosse. Dans le réticule de la lunette de visée je voyais Sean. Dans la pièce à côté, le petit était dans une chaise. J’ai eu un pincement au cœur en le voyant. Puis Sean l’a rejoint. Alors j’ai attendu. La nuit était tombée et j’avais peur qu’il porte le petit au lit. J’ai pris mon portable et composé le numéro du fixe de la maison. Sean est venu décrocher. Je n’ai pas parlé… J’ai juste appuyé sur la détente.
-Maman, le four sonne. Les cookies sont cuits.
-Oui… Viens mon chéri on va les manger, viens Jielm.
Tous les deux, on est vivant… Debout et déterminés.
The End